Dans un grenier poussiéreux, un homme trouva une toile peinte aux teintes d'automne et de tempête. La regardant attentivement, il remarqua qu'à certains endroits la peinture laissait entrevoir une transparence, ainsi, il perçut les traces d'une image plus ancienne qui lui sembla lumineuse. Il se questionna, se demandant si le tissu de la toile était fragile, s'il soutiendrait la pression de ses mains et celle du grattoir, si les années passées loin de la lumière et cachée l'avaient endommagée, mais surtout il se demanda s’il saurait encore peindre. Il laissa la toile, là.

Il prit des mois avant de décider à commencer la restauration de cette œuvre oubliée. Il commença par retrouver son matériel de peintre qu’il avait laissé quelque part dans ce grenier. Il étudia le procédé, il opta pour éponger la toile avec un solvant doux, pour gratter avec délicatesse ce tissu imprégné de peinture. Il débuta par l'endroit qui lui parut le moins fragile.

Il découvrit alors les parties de la réelle image. Un soleil, un d'arc-en-ciel, une silhouette. Cette première étape et sa découverte l'encouragea, il continua. Son désir de tout percevoir devenait de plus en plus fort à mesure que l'image se dévoilait. Après des mois de travail, au centre de la toile, il perçut un visage. Il reconnut les traits familiers, ceux d'un homme, jeune à peine adolescent au regard confiant et heureux. Il fit une pause. Il se questionna car cette empreinte sur la toile lui rappelait, un être connu. Il réfléchit. Les images de sa vie et tout ce qu’il avait oublié émergèrent en lui tel un tourbillon contenant rêves, aspirations, réussites, pertes, images des gens aimés, des paysages connus.

Il décida de mettre les moments heureux d’un côté et les moins les moins heureux de l’autre, il se rendit compte que les premiers dépassaient en nombre, intensité les seconds. Il comprit à quel point il avait donné de l’importance au manque de joie dans sa vie et à quel point la découverte de cette toile et l’attention prodiguait l’avait rendu joyeux et lui permis de se redécouvrir. Il revient vers le portrait, prenant un pinceau, mélangeant ses couleurs, il travailla les yeux, la bouche, le cou lui donnant une impression de détente, de joie. Il ajouta de la couleur aux vêtements, redéfini le torse, enrichit le paysage l’entourant. Il recula et observa son œuvre. Il aperçut que sa vie, il pouvait la créer, la redéfinit à tout moment, qu’il était plus facile donner du pouvoir à la tristesse qu’à la joie, mais surtout que tout vivait en lui que tout était en lui.

Madame Christina Sol

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